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Le présentéisme, un mal bien français

Oser partir, c’est s’exposer aux regards lourds de sous-entendus, aux mauvaises blagues et autres remarques cinglantes : “Tiens, tu as pris ton après-midi ?”.

Nocif, coûteux, contre-productif… Le présentéisme est souvent pointé du doigt. Dans la culture managériale, il continue pourtant d’être la norme.

17 heures, dans les open-spaces, l’heure est à l’inquisition. Qui sera le premier à oser fermer sa session d’ordinateur, ranger ses classeurs, enfiler sa veste et quitter son poste de travail ? Oser partir, c’est s’exposer aux regards lourds de sous-entendus, aux mauvaises blagues et autres remarques cinglantes : “Tiens, tu as pris ton après-midi ?”. Culpabilité assurée. Peu importe en réalité que ledit salarié soit arrivé avant tout le monde le matin. Peu importe qu’il ait bouclé ses dossiers, rempli ses objectifs de la journée. Il ne sera jugé que sur le temps passé au bureau. 

 

La stratégie de la deuxième veste 

La culture managériale française valorise le présentéisme beaucoup plus que celle d’autres pays européens, comme le Danemark, l’Allemagne ou le Luxembourg. Dans ces pays, les salariés qui restent tard le soir sont considérés comme inefficaces. Alors qu’en France, 30% disent se sentir jugés lorsqu’ils partent avant 18 heures, selon une enquête menée par Glassdoor. 

Alors pour éviter ce malaise de fin de journée, les français sont contraints de développer une panoplie de stratégies : flâner sur Internet le temps que l’heure de départ soit devenue officiellement acceptable, laisser une deuxième veste sur leur chaise pour faire croire qu’ils sont en salle de réunion, ou prendre de longues pauses dans la journée pour avoir du travail jusqu’à tard dans la soirée. Ainsi, un employé interrogé sur cinq avoue s’occuper de tâches personnelles pour faire passer le temps. 

 

Un mal qui renforce les inégalités et épuise les salariés 

Cette valorisation du travail par les horaires plus que par les résultats pénalise en outre les femmes qui seraient encore 73% à réaliser la majeure partie des tâches ménagères dans le foyer. Partir à 17h du bureau pour aller chercher les enfants à l’école, préparer le repas ou aller faire les courses – ces tâches encore trop souvent attribuées aux femmes – c’est rater l’opportunité de se faire bien voir par sa hiérarchie, d’intégrer les réseaux informels qui se créent dans les couloirs ou de prendre part aux décisions stratégiques. 

Pression des managers, peur du jugement des collègues, crainte de perdre son emploi lors d’une période d’essai ou volonté d’accéder à une promotion, beaucoup de paramètres poussent les salariés dans l’engrenage du présentéisme. Ce cercle vicieux est source d’épuisement pour les employés qui tentent parfois de pallier leur baisse de productivité en augmentant leur temps de travail. Or être excessivement présent au bureau peut conduire à des absences plus longues par la suite. Le coût du présentéisme pour les entreprises est ainsi deux fois plus élevé que celui de l’absentéisme

 

Un management par objectifs, fondé sur la confiance 

Sortir de cette valorisation des horaires à rallonge est un impératif d’autant plus urgent que la généralisation de l’open-space accentue le phénomène. L’espace est ouvert, le salarié exposé aux jugements, à la surveillance. En ce sens, certaines entreprises se sont engagées à une meilleure conciliation entre le travail et la vie de famille en signant la Charte de la parentalité. Mais qu’en est-il de ceux qui n’ont pas d’enfants et qui pourtant souhaiteraient que leur vie ne se résume pas à leur seule activité professionnelle ? 

Aujourd’hui, le système est quelque peu remis en question par la jeune génération qui entend s’épanouir dans son travail sans avoir à sacrifier sa vie personnelle. Cette génération Y qui ne cesse d’interroger son propre rapport au salariat pourrait constituer un espoir pour sortir du cercle vicieux du présentéisme. Mais les jeunes ne pourront rien sans une transformation managériale plus globale. Que les dirigeants apprennent à fixer des objectifs réalisables à leurs équipes, qu’ils n’organisent pas de réunions après 18 heures et qu’ils s’autorisent eux aussi à partir tôt permettrait de laisser poindre un début d’amélioration. 

La tendance française au présentéisme pourrait aussi décliner face à l’essor du télétravail (+ 700 000 télétravailleurs entre 2018 et 2019). Dans ce contexte, l’heure de départ du bureau ne pourra plus être l’indicateur de motivation des collaborateurs. Les entreprises devront apprendre à évaluer leurs employés sur les résultats avec un management à distance basé sur la confiance. Les études sur le sujet montrent d’ailleurs qu’avec des salariés moins stressés et plus concentrés, leur productivité augmente de 5 à 30%. Reste à changer la mentalité des 16% qui estiment encore important pour leur carrière d’être vu à leur poste tard le soir. 

 

Management

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