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Ce qui caractérise un excellent décideur RH, c'est aussi sa capacité à se remettre en question, et à reconnaître ses erreurs ou ses marges de progression. Cela nécessite d'être capable de recevoir du feedback, de la part des autres (et d'en donner en retour). Il s'agit de faire preuve d'humilité et d'écoute.

Tous les mois, nous partons à la rencontre d’un décideur RH. Découvrez son parcours, les mille facettes de sa personnalité, ainsi que sa vision de la fonction RH, au travers d’un portrait empreint d’humanité et d’authenticité.

Après des études de sciences politiques durant lesquelles elle souhaitait devenir journaliste, Stéphanie Devaux Delforge opte pour les RH suite à un DU de droit du travail. Elle débute comme assistante RH chez Théodore Lefebvre, puis exerce les fonctions de DRH dans le retail, chez CASA et Eden Park. Elle s’oriente vers l’agro alimentaire en 2017 et rejoint le Groupe Savencia en tant que  DRH de la Filière IT & Digital. Portrait d’une décideur RH convaincue par la nécessité de ne jamais rester dans sa zone de confort.

 

Pourquoi les RH ?

Je ne m’étais pas destinée à travailler dans les RH et j’ai d’abord suivi une formation de sciences politiques à l’IEP de Lille, dans la section « service public ». Je me suis intéressée au monde de l’entreprise : à l’issue de l’IEP, j’ai ainsi passé un diplôme universitaire en droit du travail, qui m’a permis de découvrir différents métiers, car certains de mes camarades étudiants étaient souvent des salariés issus de différents horizons.

J’aime les RH pour leur diversité et leur richesse. Il est nécessaire d’avoir une certaine agilité, pour passer de sujets opérationnels liés au recrutement, à la formation, aux relations sociales, à d’autres davantage stratégiques, comme la définition des compétences de demain ou l’évolution de l’organisation. J’aime cette diversité.

 

Votre plus grande fierté professionnelle ?

J’ai passé dix ans dans une entreprise de retail, en tant que DRH. J’étais rompue à l’organisation et aux process, je connaissais bien les collaborateurs et les équipes. Après toutes ces années, à l’approche de la quarantaine, j’étais prête pour partir sur un nouveau challenge. J’ai quitté l’entreprise, sans avoir forcément de projet précis, cela m’a permis, in fine, de changer de secteur d’activité.

Je travaille aujourd’hui dans l’agroalimentaire, dans un groupe international de plus de 22 000 collaborateurs et j’interviens auprès des 360 salariés de la filière informatique et digitale. Je suis fière de ce changement. J’ai pu valoriser mon expérience auprès des collaborateurs, afin de leur permettre d’oser évoluer, eux aussi, notamment en interne, en changeant de poste ou de métier. En tant que RH, une de mes missions est de donner l’opportunité aux salariés qui le souhaitent de pouvoir se renouveler au cours de leur vie professionnelle.

 

Un événement qui a bouleversé votre vie professionnelle ?

L’expérience de la crise du Covid-19 m’a marqué : cette période très intense a bouleversé ma manière de penser et d’agir, et m’a rendue plus agile et créative. La pression sur les collaborateurs IT était forte. Il fallait faire en sorte que les réseaux tiennent, que les outils collaboratifs soient maîtrisés, que chacun bénéficie du matériel suffisant pour télétravailler. En tant que DRH, il a fallu rassurer, informer et agir dans ce contexte totalement inédit, et surtout maintenir le lien avec les collaborateurs.

L’épreuve de la distance a fait bouger les lignes et a simplifié la communication vers  les salariés. J’ai organisé des « coffee news » : des moments où l’ensemble des collaborateurs IT étaient réunis en visio, pendant une heure, afin de se donner des nouvelles, d’échanger et de partager des informations.

J’ai appris beaucoup de cette période, notamment sur l’importance d’être agile et de ne pas se contenter du cadre prédéfini. Ce genre d’événement bouleverse la donne, vous oblige à vous adapter et à vous créer de nouveaux repères, dans le but de répondre à de nouveaux besoins.

 

Le défaut que vous essayez de cacher ?

En tant que décideur RH, mon rôle est notamment de mettre en lumière les collaborateurs, les managers et leurs initiatives. Et j’ai peut-être davantage de difficultés à me mettre, moi-même, en valeur. Je recherche encore la bonne recette en matière de personal branding. Pas toujours simple …

 

La qualité qui fait l’unanimité dans votre entourage ?

Sur une récente évaluation 360, la principale soft skill qui fait l’unanimité auprès de mes pairs et de mes collaborateurs, c’est l’écoute active. J’écoute les différentes parties prenantes, afin de bien comprendre et de bien appréhender chaque situation. Je ne suis pas dans le jugement, mais dans l’analyse, la bienveillance et l’empathie. Cela me permet de capter les informations, d’encourager la prise de parole, et aussi d’avoir une bonne compréhension des enjeux métiers ; ce qui est important dans le cadre de mon métier, qui évolue de plus en plus vers un rôle de business partner.

 

La différence entre un bon et un excellent décideur RH ?

Tout repose sur la capacité de prendre de la hauteur sur les enjeux de l’entreprise, et de réussir à sortir de l’opérationnel pour tendre davantage vers la stratégie. Il faut garder toutefois un bon équilibre entre ces deux axes : vous ne pourrez prendre de la hauteur qu’en ayant une certaine proximité avec ce qui se passe sur le terrain. Ce qui caractérise un excellent décideur RH, c’est aussi sa capacité à se remettre en question, et à reconnaître ses erreurs ou ses marges de progression. Cela nécessite d’être capable de recevoir du feedback, de la part des autres (et d’en donner en retour). Il s’agit de faire preuve d’humilité et d’écoute : l’auto-analyse a ses limites, et le point de vue des autres est important, afin de percevoir des choses qui auraient pu nous échapper et de faire bouger les lignes.

 

Le personnage de fiction qui incarne le mieux la fonction RH ?

Je pense assez naturellement au personnage de Wonderwoman, car les RH sont celles vers qui tout le monde se tourne en cas de difficultés. Il y a dans ce métier un côté « sauveur », dont on attend des solutions. Mais nous n’avons pas pour autant toute la puissance et tous les supers pouvoirs nous permettant de tout résoudre. Comme chez les Avengers, la force des RH, c’est le travail d’équipe : elles doivent travailler avec les autres directions, afin de trouver des synergies.

 

Le collaborateur idéal, celui avec qui vous aimeriez travailler ?

C’est celui qui se sent bien dans l’organisation, et qui est en phase avec ses valeurs. On ne choisit pas une entreprise par hasard, selon moi. Il est donc important que le salarié soit aligné. Le collaborateur idéal, à mes yeux, ose également s’exprimer et est force de proposition. S’il n’est pas d’accord, il lui appartient aussi de proposer des alternatives.

 

Votre truc pour motiver vos troupes ?

J’essaie de délivrer à mes équipes le plus de feedbacks positifs possible. Je m’efforce de les encourager, dans des domaines où elles ne sont pas forcément expertes, et de leur donner suffisamment de confiance pour leur permettre de sauter le pas.

 

Le DRH du futur selon vous ?

Il est à la fois dans une posture de business partner, et à la recherche de solutions pour répondre aux enjeux de QVT, qui concernent tant l’environnement de travail que l’équilibre vie professionnelle – vie personnelle, ou que la politique de télétravail de l’entreprise. On attendra aussi du DRH du futur qu’il donne du sens et réponde aux attentes croissantes des collaborateurs en matière de RSE. Enfin, il devra se lancer à corps perdu dans la transformation digitale, en développant des outils de SIRH permettant d’améliorer le talent management, le travail collaboratif et l’expérience collaborateur.

 

La nouvelle génération devra bien s’approprier toutes les facettes de cette discipline, loin du seul développement RH (formation, recrutement). Elle ne devra pas se limiter non plus qu’aux ressources humaines, et garder un œil sur ce qui se fait dans les autres métiers, afin de comprendre les autres environnements et leurs enjeux. L’idée, c’est finalement d’ouvrir ses chakras, afin d’accomplir sa mission de décideur RH : faire avancer le business et les mentalités, par l’humain.

 

 

Bio

 

  • Depuis 2017 : DRH Filière IT & Digital du Groupe Savencia
  • 2017 : manager de transition / DRH du Groupe Afflelou
  • 2006-2017 : DRH d’Eden Park
  • 2000-2006 : DRH de CASA
  • 1999-2000 : Assistante RH chez Theodore Lefebvre
  • 1998-1999 : Diplôme universitaire en droit du travail à l’université de Lille
  • 1994-1996 : Diplôme de sciences politiques à l’IEP de Lille