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Je me suis rendu compte que ce qui m'attirait le plus dans le monde du travail, c’était le contact humain : le fait d’animer des équipes, de recruter des collaborateurs.

Tous les mois, nous partons à la rencontre d’un décideur RH. Découvrez son parcours, les mille facettes de sa personnalité, ainsi que sa vision de la fonction RH, au travers d’un portrait empreint d’humanité et d’authenticité.

« On ne peut pas faire ce métier sans aimer profondément les gens » – Jacques Adoue

Diplômé de l’IEP Bordeaux et titulaire d’un DESS en gestion, Jacques Adoue débute sa carrière chez Franfinance en tant que directeur d’agence. Successivement DRH France de Porcher Distribution, Virgin Stores, SFR Groupe, Accor et Capgemini, il est aujourd’hui Directeur Général des Ressources Humaines du groupe Edenred. Portrait d’un décideur RH passionné, dont l’optimisme n’a d’égal que l’enthousiasme communicatif. Son crédo : l’humain avant tout.

 

Pourquoi les RH ?

Certains veulent devenir pompiers, ou ont une idée bien précise de ce qu’ils veulent faire dès le début, mais pas moi. Étudiant, je n’avais pas de vocation particulière pour les RH. Je suivais des études à Sciences Po qui me préparaient pour la fonction publique, et j’ai un temps pensé à me diriger vers les concours des affaires étrangères, mais ça n’a pas duré longtemps. Après un DESS en économie de gestion à l’IAE Bordeaux, je me suis dirigé vers le monde de la banque, mais je me suis rendu compte que ce qui m’attirait le plus dans le monde du travail, c’était le contact humain : le fait d’animer des équipes, de recruter des collaborateurs. C’est ce goût pour la proximité et l’accompagnement des autres qui m’a poussé à m’orienter vers les RH.

 

Votre plus grande fierté professionnelle ?

Ma carrière commence à être longue, mais ce dont je suis fier, c’est que dans toutes les entreprises où je suis passé, j’ai construit quelque chose. C’est ce qui m’a toujours guidé : j’ai constamment saisi des challenges professionnels qui nécessitaient de construire une vraie politique RH, d’établir des processus, de l’innovation RH. Partout où je suis passé, les gens peuvent retrouver quelque chose que j’ai mis en place. Côté humain, j’éprouve aussi une grande fierté à l’idée d’avoir permis à de nombreux collaborateurs d’évoluer, de grandir, et d’aller plus loin dans leurs carrières.

Chez Edenred par exemple, cela se traduit par le développement des mobilités internationales ainsi qu’un renforcement de notre politique de gestion des talents et de la formation : avec plus de 60 nationalités différentes et une moyenne d’âge de 35 ans, Edenred est un groupe qui offre des possibilités d’évolution rapides et nombreuses à tous les talents. Cela fait partie des réalisations qui me tiennent à cœur.

 

Un événement qui a bouleversé votre vie professionnelle ?

Souvent, on idéalise la fonction RH : on ne voit que la formation, le développement des personnes et des compétences. Mais lors de ma première expérience en tant que DRH, j’ai dû fermer des usines, conduire des plans sociaux importants. J’ai touché de près la détresse humaine. Quand vous fermez une usine, vous êtes très loin du poste de Chief Happiness Officer. Vous entrez dans le dur, mais aussi dans le vrai. Cette expérience m’a marqué. Dans un sens, je suis heureux que cet événement se soit passé au début de ma carrière. Elle m’a fait énormément réfléchir sur l’évolution du marché du travail. J’en suis venu à penser que dans une entreprise, il était fondamental de préparer les gens aux évolutions qui les entourent, et de faire en sorte que s’ils devaient quitter l’entreprise, ils resteraient employables. Je sais qu’un DRH n’est pas là pour garantir l’emploi, mais à mes yeux, il est de son devoir de garantir l’employabilité des collaborateurs.

Lors de cette première expérience, j’ai aussi appris que le métier de DRH nécessitait de savoir prendre des décisions difficiles. Les entretiens que j’ai eus avec les personnes dont il fallait se séparer étaient très durs moralement. Mais je me devais d’être là pour dialoguer. Le rôle d’un DRH est de maintenir le dialogue social, mais aussi de prendre des décisions difficiles, afin de sauver l’essentiel.

 

Le défaut que vous essayez de cacher ?

Parfois, je vais un peu vite. J’aime que les choses avancent, peut-être un peu trop. Mais je me soigne ! (rires) J’en ai conscience, et je me force constamment à ralentir, à ne pas brûler les étapes. Même si ce n’est pas quelque chose de naturel chez moi.

 

La qualité qui fait l’unanimité dans votre entourage ?

Ma bonne humeur. Je crois que travailler avec moi n’est pas désagréable. J’ai l’enthousiasme communicatif. Nous rencontrons tous des problèmes et des difficultés, mais je crois qu’il est important, en arrivant au travail, de faire en sorte de laisser au maximum ses problèmes derrière soi. Il est toujours plus agréable de travailler avec des personnes qui gardent le sourire et qui voient le verre à moitié plein.

 

Votre devise professionnelle ?

Plutôt qu’une devise, je repense à cette citation de Churchill : “Un pessimiste voit la difficulté dans chaque opportunité, un optimiste voit l’opportunité dans chaque difficulté”. Moi, j’aime être optimiste. Chaque fois que je vois une contrainte, j’y trouve quelque chose de positif. On se rend compte, avec l’expérience, qu’il y a toujours une opportunité dans chaque contrainte. Même une situation très difficile à vivre peut vous aider à changer de point de vue, à capitaliser sur vos erreurs et à vous améliorer.

 

Votre pain noir et votre pain blanc de décideur RH ?

Devoir se séparer de collaborateurs n’est jamais chose facile. Vous le faites avec le plus de conscience possible, de la façon la plus humaine qui soit, et j’ai eu la chance de ne travailler que dans des entreprises qui m’en ont donné les moyens. Mais ce genre de décision reste difficile à prendre et à annoncer, car vous vous retrouvez confronté à la vie réelle, celle des autres.

A contrario, ce que je préfère dans mon métier, c’est le développement des individus. Quand je recrute quelqu’un, que je mise dessus et que je le vois grandir, j’en éprouve une très grande fierté. Quand je lance des programmes de formation qui fonctionnent et que l’on me remercie, j’en retire une grande satisfaction. Aider les autres à grandir et à progresser : voilà ce qui me passionne dans ce travail.

J’aime aussi le métier de DRH parce qu’il est très diversifié et riche en contacts humains. Aucune journée ne ressemble à la précédente. Je jongle entre les entretiens de recrutement, les packages d’expatriation, les projets de formation, les rencontres avec les partenaires sociaux… Je travaille sur l’ensemble du parcours du collaborateur, entre le moment où il entre dans l’entreprise et celui où il en sort, et je trouve cela passionnant.

 

La différence entre un bon et un excellent décideur RH ?

Prétendre savoir ce qu’est un excellent DRH serait un peu prétentieux, mais je sais au moins ce qu’il faut faire pour être un bon décideur RH. Je suis intimement convaincu que l’on ne peut pas faire ce métier sans aimer profondément les gens. À la fin, c’est ce qui peut faire la différence. Ce côté humain est très important, et c’est d’ailleurs pour cela que je préfère être en présentiel. Ce qui me plaît, c’est d’arriver au bureau, de marcher dans les couloirs, de dire bonjour à Pierre et à Paul. J’aime tout cet aspect informel des choses, parce qu’aucun individu ne se ressemble, et parce que l’humain reste au cœur du métier. Chaque fois que vous réalisez un entretien avec quelqu’un, ou que vous recrutez quelqu’un, vous vivez une nouvelle aventure.

 

Le personnage de fiction qui incarne le mieux la fonction RH ?

Superman, bien sûr, car il sauve tout le monde ! (rires) Plus sérieusement, le DRH doit être sur tous les fronts, et c’était encore plus vrai pendant la crise du Covid. Le rôle humain des RH est ressorti d’une manière très forte. Je ne suis pas un héros, mais j’ai dû rester présent, parce que dans les métiers des RH, il est important de s’occuper des autres, de faire en sorte qu’ils ne se sentent pas isolés, qu’ils travaillent dans de bonnes conditions et qu’ils continuent de se former. C’est dans ces moments-là que je me sens encore plus utile.

 

Le DRH du futur selon vous ?

Le DRH d’aujourd’hui, c’est celui qui fait le lien entre les hommes, et qui leur permet de travailler ensemble au sein d’une même entreprise. Ce n’est déjà pas une mince affaire, mais ce travail sera encore plus complexe pour le DRH de demain. L’entreprise s’atomise, de plus en plus, avec des salariés qui télétravaillent et d’autres non, avec des collaborateurs qui viennent au bureau deux jours par semaine, ou qui travaillent depuis l’étranger… Ce phénomène va devenir une norme, et dans ce contexte, il sera de plus en plus vital pour les employeurs de maintenir une cohésion entre des hommes et des femmes dispersés.

Les DRH devront aussi s’adapter à une logique de plus en plus individuelle dans les rapports humains. Je ne critique pas une forme d’individualisme, mais je pense ici au fait qu’il y a de moins en moins de parcours tracés. Les nouvelles générations ne désirent pas “faire carrière”, mais simplement “être heureux”. Ils recherchent avant tout du sens et du bien-être au travail, sans rester forcément dans la même entreprise, ni même dans le même secteur ou le même métier. Face à cette volonté croissante des individus de maîtriser leur vie tout en se démarquant des codes, l’entreprise doit s’adapter. Les DRH de demain devront intégrer cette nouvelle donne dans leur travail de fidélisation des collaborateurs. Ils devront être de plus en plus agiles et flexibles. Ils devront aussi sortir des sentiers battus et apprendre à innover ; afin de s’adapter à des aspirations de plus en plus différentes, et de piloter au sein de la même entreprise des personnes qui travaillent différemment. Ce rôle sera très complexe, mais nécessaire.

 

Si c’était à refaire, les RH encore et toujours ?

Je ne changerais absolument rien à mon parcours. J’adore ce que je fais. Je ne me suis pas ennuyé une seule fois depuis que je travaille dans cet environnement. J’ai bien sûr vécu des journées plus difficiles que d’autres, mais je me suis toujours rendu au travail avec plaisir et bonheur, en me disant que je faisais quelque chose d’utile. Et le jour où je me retirerai, je resterai sur la voie que je me suis tracée, celle de l’humain, mais autrement. Je travaillerai sans doute comme bénévole dans une association, parce que j’aurai toujours en moi cette envie de donner aux autres. C’est le fil rouge de ma vie : essayer de rendre service, de me rendre utile. Quand ma carrière professionnelle s’arrêtera, je mettrai mon expérience à la disposition de personnes qui ont besoin d’aide pour se re-situer, pour rebondir. J’aimerais beaucoup travailler sur la reconversion, sortir les gens de l’impasse professionnelle, les remettre sur le chemin du travail. C’est probablement à cela que je consacrerai ma retraite.

 

Bio

  • Depuis 2017 : Directeur Général Ressources humaines et Responsabilité sociétale du groupe Edenred
  • 2009-2017 : DRH de Capgemini pour la zone France, Europe du Sud et Centrale
  • 2006-2008 : DRH Hôtellerie France chez Accor
  • 2000-2006 : Directeur adjoint des Ressources Humaines France chez SFR Groupe
  • 1996-2000 : Directeur des Ressources humaines et de la communication interne, en charge de l’Europe du Sud, chez Virgin Stores
  • 1993-1996 : DRH France de Porcher Distribution
  • 1990 : Consultant en charge du recrutement chez Euroman
  • 1987 : Directeur d’agence chez Franfinance
  • 1986-1987 : DESS en économie de gestion à l’IAE Bordeaux
  • 1982-1985 : Parcours “Service Public” à Sciences Po Bordeaux
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